Saison d'exposition de la ville - Mathilde Thiennot
A fleur d’écorces
Nous pensons qu’entre l’humain et l’arbre, il existe une frontière presque évidente. Pourtant, à y regarder de plus près, cette limite se trouble, se fissure, s’effrite comme une écorce ancienne.
A fleur d’écorces propose d’explorer cet entre-deux sensible, là où la peau humaine et la peau végétale se
confondent.
Ici le derme et l’épiderme sont comme écorce du corps, cette carapace sensible nous protégeant de
l'extérieur.
Surface de contact avec le monde, la peau protège, respire, marque le temps. Elle porte les traces de
l’histoire, cicatrices, rides, stries, comme autant de récits silencieux.
Enveloppé.e.s de notre peau, aux terminaisons nerveuses telles une antenne parabolique en éveil permanent, nous subissons le toucher, caresse ou douleur, la pression et la température, mais également les vibrations, palpitations, des sons.
Elle participe également à la respiration/ventilation du corps et remplit une fonction immunitaire, un rôle
barrière et psychosocial, un enjeu primordial de liaison, ou dialogue aux autres : sa couleur, son teint, son
odeur, ses stigmates, ses ornementations, tatouages ou scarifications.
La peau est ce premier vêtement de notre existence, tissé ou tricoté, monté et cousu. Elle/il fonde, subit, et
affirme, notre personnalité et notre culture.
L’écorce, elle aussi, est mémoire : elle archive les saisons, les blessures, les croissances lentes.
c’est un organe complexe, vivant, en constante évolution. Elle joue un rôle essentiel dans la survie de
l’arbre.
D’abord, l’écorce est une protection. Elle agit comme une barrière contre les agressions extérieures : les
variations climatiques, les insectes, les champignons ou encore les blessures mécaniques. Certaines écorces sont épaisses et rugueuses, d’autres lisses ou qui s’exfolient en plaques — ces différences témoignent desstratégies propres à chaque espèce pour s’adapter à son environnement.
Mais l’écorce n’est pas qu’une armure. Elle est aussi un lieu d’échanges. Juste sous la surface, un tissu
vivant qui transporte la sève. C’est par cette circulation invisible que l’arbre se nourrit et se développe. Ainsi, sous l’apparente inertie de l’écorce, une activité vitale se déploie. Comparatif troublant, toutes deux sont des enveloppes vivantes, vulnérables et résistantes à la fois, seuils entre intérieur et extérieur.
À travers un ensemble d’œuvres, sculpturales, picturales et numériques, les formes et les textures se
répondent, les matières se confondent parfois jusqu’à troubler notre regard.
Les éléments vacillent, se craquellent, s’altèrent, le bois semble devenir chair, la chair se minéralise, se
crevasse, se ramifie.
Si croisent écorces ou terres brûlées ; brisures ; trous ; frisures de la cassure ; béances ; coulures ; failles ;
déchirures ; plaies de la rupture.
Ce glissement invite à repenser notre rapport au vivant, à ce qui nous relie profondément aux autres formes
de vie.